Constantine Algérie pont El Kantara 1860

Vivre-ensemble… ou laisser mourir ?

Depuis plus de 50 ans maintenant, la France a décidé de mettre fin à l’Algérie Française, clôturant ainsi de manière brutale et désordonnée, 130 ans d’une cohabitation qui avait commencé par une conquête militaire. Et depuis bientôt 35 ans, la France à son tour envahie, tente désormais de créer une société multiculturelle et multiconfessionnelle.

« Flux et reflux » nous dit-on, pour décrire ces migrations circum-méditérannée.

Mais voilà, la comparaison s’arrête là, car entre les deux « Vivrensemble »(1), entre celui qui n’existe toujours pas et celui qui n’existe déjà plus, il y a toute l’épaisseur du dogme, s’opposant au fin constat de la nécessité.

Quand des peuples ou des ethnies différentes cohabitent nécessairement sur un même territoire, quand cette nécessité est imposée à tous par les mêmes lois, les mêmes objectifs, les mêmes adversités naturelles mais aussi les mêmes avantages médicaux, éducatifs et sociaux, quand ces peuples partagent la même nationalité et par voie de conséquence, la même souveraineté, alors on peut parler de vivre ensemble. Même s’ils ne partageaient pas la même identité, et même si leurs représentants respectifs ne se voyaient pas attribuer la même citoyenneté(2)…on ne peut certes pas parler d’un seul peuple, mais de communauté nationale, oui.

Mais quand il s’agit de forcer le mélange, quand la citoyenneté unique est fantasmée plus que réalisée, quand la quête de mixité sociale dissimule en réalité le diktat du métissage ethnique, bref quand l’idéologie cherche à s’imposer sur le réel, alors on peut dire que le « Vivrensemble » est convoqué mais jamais effectif.

Quand la frange la plus radicale d’une de ces communautés organise le ressentiment envers les juifs, les apostats et les mécréants, alors on peut dire qu’il n’existe pas de communauté nationale unique mais des communautés, qui hélas, s’affrontent.

Au souhait d’une société multiculturelle succède souvent la réalité d’une société multi-conflictuelle.

Dans le cas de l’Algérie Française, l’affaire fût réglée de facto par la suprématie militaire d’une de ces communautés : les Chrétiens qui furent les colons mais aussi les bâtisseurs de l’Algérie.

Dans le cas de la France algérienne, le refus d’exercice de tout leadership (la fameuse repentance postcoloniale) ne permet plus d’échapper aux conflits devenus meurtriers en 2014, 2015, 2016, ….Dès lors, le « Vivrensemble » socialiste a échoué.

Et pourtant…
Il aurait suffi d’écouter les Pieds Noirs au lieu de leur intimer de se taire ou d’aller se réadapter ailleurs, selon l’expression de Gaston Defferre. Il aurait suffi aux hommes d’État français de concevoir un peu d’humilité envers ceux qui, auparavant, étaient venus les aider à repousser l’envahisseur nazi, après avoir participé pendant cinq à six générations à protéger leurs côtes méditerranéennes !

Au contraire de cela, les politiciens français, renouant avec le pacifisme d’opérette qui avait été le leur à chaque fin d’entre-deux guerres (c’est-à-dire juste avant que d’appeler à l’aide la moitié de la Terre), devenus amnésiques et gaullo-communistes, crurent bon de trahir le mandat de la France et ses ressortissants d’Algérie.

Mais au-delà de l’idéologie, comment expliquer l’hystérie anti-Algérie française, comment expliquer la fusillade de la rue d’Isly ou même les porteurs de valise autrement que par un énorme sentiment de … jalousie, savamment dissimulé derrière un ralliement pseudo-humaniste à la décolonisation ?

Jalousie oui, le mot n’est pas exagéré même s’il est tabou, jalousie bien sûr puisque eux, ils avaient réussi…

À assainir la Méditerranée de ses pirates, ils avaient réussi,
À régenter les barbares d’Afrique du Nord, ils avaient réussi.
Mandatés par deux royautés, un empire et trois républiques,
Pour coloniser les territoires barbaresques du Nord de l’Afrique,
De Dunkerque à Tamanrasset, ils avaient réussi,
De Tlemcen jusqu’à Annaba, ils avaient réussi.
Ils avaient même réussi à sauvegarder les populations indigènes,
À l’inverse des colons européens envers les Indiens d’Amérique,
Et Ils n’eurent même pas l’idée, ni ne se donnèrent la peine
D’affamer et réduire les paysans comme le firent les soviétiques !

Les indigènes les appelaient les Pieds Noirs mais eux s’appelleront les « Européens »,

Des souliers des soldats de Charles X aux nationalités les plus diverses parmi ces ‘migrants’ qui vinrent ensuite, il n’y avait pourtant pas beaucoup de liens.

Les autochtones retinrent les attributs militaires de leurs envahisseurs tandis que ces derniers se définiraient eux-mêmes par leur … diversité !

Et malgré cette diversité européenne, augmentée des Juifs et des Musulmans, malgré ce constat émaillé de réussites, la colonisation de l’Algérie fut médiatiquement transformée en une accablante « occupation », vous savez, celle qui nous rappelle les heures les plus sombres… mais vous connaissez probablement la suite de cette chanson.

Quand à cet inique concert, se mêlèrent ensuite les voix des dirigeants américains et soviétiques, on aurait dû comprendre qu’ils chantaient là le Requiem de leurs propres utopies d’harmonie universelle.

Il fallait donc faire taire et réprimander ces Français d’Algérie, tout d’abord en leur faisant croire qu’on les avaient compris mais aussi en encourageant toutes les factions et tous les coups bas, fomentés depuis l’étranger. Il fallait donc ensuite mettre à la mer ces Français, car ils avaient réussi.

Ils avaient réussi le vivre-ensemble jusqu’à en être capables de mourir ensemble – les plaques de marbre ou de granit qui fleurissent sur la route du Monte-Cassino jusqu’à Berlin sont là pour le prouver.

Car « L’œuvre civilisatrice de la France en Algérie », chère à Ferry, à Hugo, à Blum, à Jouhaux et à Lyautey passera aussi par l’éducation à la souveraineté nationale, qui fût gagnée au coude à coude, fusil en mains, et cela malgré les différences.

Au lieu de tout cela, la civilisation européenne se montre actuellement totalement incapable d’organiser un véritable vivre-ensemble, non-dictatorial s’entend(3).

Au contraire, elle paraît maintenant se résigner à se laisser envahir et finalement, à se laisser mourir.

Pierre FORTIN

(1) Définitions du « Vivrensemble » :
Définition #1 : Cohabitation harmonieuse sur un même territoire de peuples et d’ethnies différentes [wiktionary.org] 
Définition #2 : L’identité heureuse, comme promotion du « Vivrensemble » est une reprise des ‘très canadiens’ « accommodements raisonnables », revisités par [Alain Juppé](4)
Définition #3 : fantasme de la gauche remplaciste et pseudo-humaniste, lui permettant en réalité d’induire chez l’indigène la culpabilité de l’échec de ce « Vivrensemble », et aussi afin d’assurer la promotion du Grand Remplacement (sans jamais nommer celui-ci bien sûr !) [Renaud Camus](5)

(2) « Les voies incertaines de la Repentance » de J.P. BRUN, page 54
« 14 juillet 1865 : par Senatus consulte, possibilité est offerte à tout indigène d’Algérie d’accéder à la pleine citoyenneté à la condition d’accepter que lui soit appliqué, comme à tout citoyen français, l’ensemble des dispositions de la législation nationale
[…] Les responsables religieux musulmans interdiront cette démarche en l’assimilant à une apostasie »

(3) Le « vivre-ensemble » : un remède de bisounours contre le terrorisme, mais une intention totalitaire, par Michel Geoffroy
http://www.polemia.com/le-vivre-ensemble-un-remede-de-bisounours-contre-le-terrorisme-mais-une-intention-totalitaire/

(4) Juppé, le bienheureux qui voulait faire entre le loup dans la bergerie, par Véronique Bouzou
http://www.bvoltaire.fr/veroniquebouzou/juppe-bienheureux-voulait-faire-entrer-loup-bergerie,179979

(5) Le Journal de Renaud Camus
http://www.bvoltaire.fr/renaudcamus/le-journal-de-renaud-camus-mercredi-24-juillet-2013,31658

Constantine Algérie pont El Kantara 1860
Algérie – le pont El Kantara à Constantine construit en 1860, photochrome datant de 1899

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